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Réveillon des océans

Alors que la planète s’apprête à accueillir la nouvelle année avec des cotillons, des bises en cascade et des verres levés, les marins du Vendée Globe poursuivent leur course solitaire à travers les océans, éparpillés entre la Tasmanie et le Brésil. Dans cet immense désert d’eau, chacun vivra ce soir du 31 décembre à sa manière, loin des feux d’artifice. Pour certains, emportés par le rythme implacable de la course, cette nuit sera un moment presque banal : un changement de voiles, un réglage ou un ajustement de trajectoire, et peut-être un clin d'œil à l’horloge de bord pour remarquer qu’il est minuit. Pour d’autres, ce sera l’occasion de s’accorder un instant spécial : un message envoyé à la terre, une petite douceur sortie du fond d’un sac, ou un toast symbolique dans l’intimité de leur cockpit. Il faut dire qu’en mer, le temps a cette drôle de capacité à se diluer comme une pastille effervescente : le jour, la nuit, le réveillon… tout ça se mélange un peu. Et pourtant, dans leur isolement, ces solitaires ne sont jamais vraiment seuls. Ce soir, ils trinqueront avec les étoiles et partageront un silence complice avec une mer qui, elle, ne juge jamais (on ne peut pas toujours en dire autant des voisins de table lors des repas de famille). Et comme tout un chacun, quelques-uns réfléchiront peut-être à leurs bonnes résolutions pour 2025 !

LE 31 DÉCEMBRE 2024 : Photo envoyée depuis le bateau Singchain Team Haikou lors de la course à la voile du Vendée Globe le 31 décembre 2024. (Photo du skipper Jingkun Xu) Bonne année !
LE 31 DÉCEMBRE 2024 : Photo envoyée depuis le bateau Singchain Team Haikou lors de la course à la voile du Vendée Globe le 31 décembre 2024. (Photo du skipper Jingkun Xu) Bonne année !

Ah, les bonnes résolutions pour la nouvelle année… Ce moment où, avec un mélange d’enthousiasme et d’auto-illusion, on se jure de devenir une version améliorée de soi-même. L’idée est noble : tourner la page, se fixer des objectifs et croire, ne serait-ce qu’un instant, que tout est possible. Mais soyons honnêtes, c’est un peu comme un abonnement à la salle de sport : on y croit très fort en janvier, et en février, c’est déjà perdu sous une pile de "je ferai ça demain". Entre deux empannages ou deux fichiers météo, les marins du Vendée Globe pourraient néanmoins se promettre des choses aussi variées qu’inattendues : apprendre à cuisiner autre chose que des plats lyophilisés (et arrêter de penser que réhydrater des nouilles, c’est de la gastronomie), ne plus se faire surprendre par une vague en caleçon sur le pont, arrêter de hurler sur le pilote automatique comme s’il pouvait répondre…  En réalité, pour savoir, on leur a posé la question directement. Et la réponse, presque unanime, a quelque chose de touchant et de sincère. Ce qui revient le plus souvent, c’est ce désir simple mais puissant de passer plus de temps avec leur famille et leurs proches. Après des mois en mer, séparés de ceux qu’ils aiment, c’est une résolution qui prend naturellement tout son sens. Parce que, finalement, rien ne remplace un sourire partagé, un repas chaleureux ou un câlin donné sans chronomètre. Mais ces marins ne seraient pas eux-mêmes sans une autre aspiration tout aussi forte : continuer à se donner les moyens de vivre leurs rêves, quels qu’ils soient. Qu’il s’agisse de braver à nouveau les océans, d’explorer de nouveaux horizons ou de relever de nouveaux défis, ils ont cette flamme qui ne s’éteint jamais.

Cap Horn au ralenti

« C’est une chance inouïe de faire le Vendée Globe, de naviguer dans les mers du Sud, d’avoir l’occasion de se dépasser et de sortir des sentiers battus. Pour cette nouvelle année, je souhaite à chacun de relever ses propres défis, y compris les plus fous ! », a commenté Benjamin Dutreux (GUYOT environnement – Water Family), pas vraiment troublé à l’idée de passer à 2025 en solitaire, perdu aux confins du globe, tout au contraire, surtout qu’un moment spécial l’attend pour l’occasion : le passage du cap Horn. « Des conditions de brume sont annoncées mais ce serait un énorme cadeau de pouvoir le voir d’autant que ça n’a pas été le cas, il y a quatre ans. Ça pourrait être un souvenir de dingue ! », a expliqué le Vendéen qui devrait franchir la pointe légendaire demain après-midi, en même temps que Clarisse Crémer (L’Occitane en Provence) mais aussi Sam Davies (Initiatives-Cœur), de retour dans son sillage. « Notre approche devrait être plutôt lente surtout qu’on est tombé dans la molle plus tôt que prévu », a expliqué le marin qui avance vers le fameux cap à un rythme contemplatif, à peine plus rapide qu’un bouchon flottant dans un bain moussant. Une situation idéale pour méditer sur une vérité universelle : peu importe la vitesse, franchir le Horn reste une prouesse, une ligne mythique qui inscrit à jamais son passage dans l’histoire maritime.

Option Tuc dans le Pacifique

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’océan, Violette Dorange (DEVENIR) s’apprête à vivre un autre moment tout aussi unique : atteindre le point Némo à minuit. « C’est assez fou », confie-t-elle. « Je ne suis pas trop triste de manquer la fête à terre, parce que ce que je vis ici est incroyable. Je suis trop contente ! Le 1er janvier 2024, je m’étais réveillée en me disant « cette année, c’est le Vendée Globe ! », et là, j’y suis. Je profite à fond de chaque instant ! », a-t-elle assuré, rayonnante. Son réveillon sera simple mais symbolique : un petit apéro improvisé avec des Tuc et une canette de San Pellegrino, une manière sobre de célébrer ce moment hors du commun. Et entre deux vagues, elle promet de réfléchir aux beaux projets qui se dessinent pour 2025, preuve que même en mer, les rêves ne s’arrêtent jamais. On pourrait par ailleurs penser que le Pacifique non plus ne prend jamais de repos, mais il semblerait que ce ne soit pas tout à fait le cas en ce moment. Une accalmie inattendue surprend plusieurs marins, dont Conrad Colman qui fait route accompagné par un anticyclone depuis plusieurs jours déjà, comme tous ses concurrents immédiats, de Benjamin Ferré (Monnoyeur – Duo for a job) à Guirec Soudée (Freelance.com).

Calme polaire, défi constant

« Ça fait bizarre de faire des routages pour le cap Horn et de ne pas voir plus de 30-35 nœuds sur les fichiers météo », s’étonne le plus français des Kiwis. « La dernière fois que j’étais à cet endroit, c’était un tout autre tableau car j’avais dû composer avec une dépression avec 60 nœuds établis et des rafales encore plus fortes. Là, c’est presque les vacances ! », a ajouté le skipper de MS Amlim qui poursuit néanmoins sa route avec les gants de boxe bien serrés d’autant que malgré le calme relatif, les conditions restent rudes : « On fait des empannages près de la Zone d’Exclusion Antarctique et je confirme que l’atmosphère est polaire. Ça caille, tout est humide, même sans tempêtes ! ». Pourtant, même dans ce cadre exigeant, l’esprit du Nouvel An ne disparaît pas totalement. « J’ai une petite bouteille de champagne mais je suis partagé : la déboucher ce soir ou la garder pour célébrer le cap Horn ? ». Cette question, presque légère dans la rudesse de l’océan, contraste avec les conditions que d’autres marins affrontent ailleurs sur le globe.

LE 31 DÉCEMBRE 2024 : Photo envoyée depuis le bateau VULNERABLE SG lors de la course à la voile du Vendée Globe le 31 décembre 2024. (Photo du skipper Sam Goodchild)
LE 31 DÉCEMBRE 2024 : Photo envoyée depuis le bateau VULNERABLE SG lors de la course à la voile du Vendée Globe le 31 décembre 2024. (Photo du skipper Sam Goodchild)

Sur le fil entre vigilance et émerveillement

Thomas Ruyant (VULNERABLE) et ses plus proches poursuivants affrontent des conditions bien différentes des accalmies rencontrées ailleurs. En pleine remontée de l’Atlantique Sud, ils naviguent dans un environnement exigeant. « La nuit dernière a été compliquée, avec beaucoup d’orages et du vent sur une mer un peu pénible. C’était un peu flippant avec des éclairs partout autour du bateau. J’étais sur le pont à surveiller, et pas très rassuré », a détaillé le Nordiste, conscient que les conditions vont rester rudes jusqu’à la latitude de Recife au moins. Malgré ces défis, le marin trouve cependant de quoi savourer l’instant : « Ces dernières 24-36 heures, c’était vraiment chouette. J’ai vu des oiseaux, des dauphins… Il y avait de l’animation autour du bateau. C’était impressionnant. J’ai aussi croisé des pêcheurs, des cargos… ça faisait du monde après un long moment de solitude ! ». Il le sait, cette remontée promet d’être une véritable épreuve d’endurance où chaque choix peut faire la différence. « Avoir un peu d’avance sur les suiveurs me permet de gérer le bateau avec plus de sérénité dans ces conditions difficiles. Pas besoin de forcer sur le matériel, je peux progresser tout en préservant la structure. J’ai creusé l’écart derrière moi, mais devant, ça s’est échappé. Je suis un peu isolé, mais je reste vigilant. Avec toutes ces transitions, la situation peut basculer à tout moment », a-t-il ajouté, aussi prudent qu’un funambule sur une corde mouillée.

Une bataille au millimètre

Cette remontée vers l’équateur ne manque décidément pas de piquant, et pas seulement pour lui. En tête de course, Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) et Yoann Richomme (PAPREC ARKÉA) continuent leur duel au coude à coude, se passant la première place comme un frisbee qu’on n’arrive pas à garder. De son côté, Sébastien Simon, toujours choyé par des conditions de navigation presque parfaites, ne tardera pas à devoir affronter des conditions plus capricieuses. Trouver le bon chemin pour gagner vers le Nord pourrait bien finir également par lui causer quelques sueurs froides (et quelques cheveux blancs). Quant à nous, nous n’avons certainement pas fini de vous raconter ces histoires d’élastiques, qui se tendent et se détendent au gré des vents et des stratégies !


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