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Armel Le Cléac’h : « une course XXL avec une victoire XXL ! »

Il a détenu le record du Vendée Globe pendant huit ans. Armel Le Cléac’h s’était imposé lors de l'édition 2016 à l’issue d’un duel épique avec Alex Thomson. Le nouveau détenteur du record, Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) l’a empoché lui aussi après un mano-à-mano de haute volée face à Yoann Richomme. Actuel skipper du Maxi Banque Populaire XI, Armel Le Cléac’h dresse le bilan sportif de cette 10e édition et évoque ses coups de cœur.

Armel Le Cléac'h, vainqueur du Vendée Globe 2016-2017, ici en janvier dernier.
© Vincent Olivaud

Vendée Globe :

Comment as-tu vécu ce Vendée Globe ? 

Armel Le Cléac'h

J’ai beaucoup suivi la cartographie et la météo, surtout le scénario en tête de course et les dix premiers. Ça a été une super édition ! Finalement, après une édition 2020-2021 très particulière avec des phénomènes météo compliqués, des regroupements, des avaries conséquentes et un système de bonifications, on a retrouvé un scénario plus classique. Ça a été une course par élimination avec à la fin un duel qui s’est joué la gagne comme en 2012-2013 et en 2016-2017. Sportivement, ça a été hyper intense entre les meilleurs et je pense que c’est le meilleur qui a gagné à la fin. 

Vendée Globe :

Quel regard portes-tu sur la victoire de Charlie Dalin ? 
 

C’est une grande performance. Il s’impose avec les félicitations du jury ! C’est une course rudement menée avec une grande maîtrise du début jusqu’à la fin. Il y a très peu de choses à reprendre en matière de stratégie, de conduite de bateau, de gestion de course. Il avait l’expérience, un bateau construit à sa main et il a fait les bons choix stratégiques qui lui ont permis de tenir sans prendre de risques inconsidérés. Et puis Charlie a su gérer la pression… C’est une course XXL avec une victoire XXL ! 

Vendée Globe :

Au bout, il y a donc ce record de plus de neuf jours sur le tien…

Oui, c’est impressionnant. Après, on savait qu’il y avait de fortes chances qu’il soit battu avec l’évolution des bateaux. On estime que les IMOCA actuels ont un gain de performance de 15% sur les générations précédentes et ça s’est vu. Il fallait mener les bateaux à très haut niveau et parvenir à bien gérer les enchaînements météo pour aller aussi vite que les trois premiers. 

Vendée Globe :

Pour faire la différence, faut-il faire preuve d’audace, comme l’a fait Charlie lors de la célèbre dépression dans l’océan Indien ?

Oui et c’est particulièrement intéressant. On ne peut pas se contenter de contrôler, surtout dans une course aussi longue. Il est important d’être opportuniste, d’avoir le mental pour s’engager et miser un peu plus que les autres. Il y a un risque à prendre mais les gains peuvent être très importants et ça l’a été. On va sans doute assister à ça de plus en plus : les marins maîtrisent parfaitement les clés du jeu, leurs vitesses, leur bateau et ils ont la capacité de se sortir au mieux de situation complexes. Il n’y a pas de hasard, les années de travail et d’expérience parmi les leaders est très prégnant.  

Vendée Globe :

Charlie a assuré qu’il regardait en temps réel l’état de la mer sur son ordinateur, bien plus qu’à la dernière édition… C’est un paramètre important ? 

Oui, encore plus pour les bateaux volants ou semi-volants comme les IMOCA. Cela participe aux performances intrinsèques du bateau. L’état de la mer peut complètement modifier le scénario qu’on s’est imaginé. Avec de meilleures connexions, on affine les prévisions ce qui offre un vrai plus en stratégie. 

Vendée Globe :

Tu parles souvent de « l’école Figaro »… La majorité du ‘top 10’ de ce Vendée Globe en a fait partie. Qu’est-ce que ça t’inspire ?  

Cette course a démontré une nouvelle fois la différence entre ces marins là, qui maîtrisaient totalement leur sujet, et les autres. Ceux qui se sont aguerris au circuit Figaro ont appris à gérer le solitaire, la fatigue, les gros coups de vent, la prise de décision dans des conditions extrêmes… Ils ont un vrai bagage technique qui leur sert une fois au large. C’est un apprentissage très rapide où aucun paramètre n’est laissé au hasard et chaque détail compte.   

Vendée Globe :

En matière de communication, est-ce qu’il y a des skippers que tu as appréciés suivre ? 

J’ai apprécié le plaisir que prenait Sébastien Simon. Après la casse de son foil, il aurait pu être moins communicant, moins positif et pourtant il est resté enthousiaste, il a continué à partager son plaisir d’être à bord. Bien sûr, il est impossible de ne pas parler de Violette Dorange qui est devenue un phénomène. J’ai aussi eu un coup de cœur pour le parcours de Jingkun Xu. Il a disputé son tour du monde à bord du bateau sur lequel j’ai fait mon premier Vendée Globe (Brit Air, terminé 2e en 2008). C’est un IMOCA qui avait déjà pas mal de milles et Jingkun est allé au bout, en racontant avec beaucoup de sincérité sa vie à bord, ses difficultés, son handicap… J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre sa course jusqu’au bout. 


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