11 Juin 2021 - 12h32 • 3322 vues

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Thomas Ruyant et son équipage ont remporté leur première victoire sur l’eau, mercredi. Victorieuse sur l’étape entre Cascais (Portugal) et Alicante (Espagne), l’équipe de LinkedOut s’empare de la première place, à une course offshore et une régate côtière de la fin.

Le contournement de la pointe de la péninsule ibérique promettait de grandes et belles contradictions météo, et ces dernières ont été au rendez-vous. Partie vent arrière de Cascais, la flotte a empanné pour aborder le cabo San Vincente dans une brise au portant bien soutenue. Puis les phénomènes locaux du détroit de Gibraltar ont déployé leur partition aux mesures serrées : reaching dans du vent faible, accélération au près avec un franchissement du détroit dans 16 nœuds de vent d’est – bonjour les angles à chercher au milieu du trafic ! –, puis des vents mous et de face pour l’entrée en Méditerranée, et de franches pétoles et des airs hésitants pour finir. Un beau défi pour les navigateurs.

Dans ce labyrinthe météo, Thomas Ruyant, Clarisse Crémer, Morgan Lagravière (son co-skipper pour la prochaine Transat Jacques-Vabre), Laurent Bourguès et François Pernelle ont eu le talent de trouver le brin de finesse en plus qui leur permit de convertir en victoire leur position de leader, contrairement au scénario de la première étape, qui les avait contraints à concéder la victoire après avoir mené le train. « On est tous partis de Cascais le mors aux dents, décidés à tout donner, résume le skipper. D’emblée, les choses se sont bien enchaînées, avec du vent fort comme on aime. On s’est enhardi, et on bien tiré sur le bateau, sous grand spi et dans plus de 35 nœuds de vent au ras des côtes marocaines. On a bien tricoté pour parer Gibraltar. L’ambiance à bord était magnifique, faite de bonne humeur, de compétence et d’envie de bien faire. Je suis très heureux, heureux de voir les gens heureux, l’équipage, l’équipe technique, les supporters, les partenaires… Nous n’avons gagné qu’une manche, et il reste un joli morceau de bravoure jusqu’à Gênes, mais cela fait du bien à tout le monde de franchir une ligne d’arrivée en tête sur ce bateau. ». 

© /DR Grâce à une « big remontada », pour emprunter les mots d’un Benjamin Dutreux qui progresse chaque jour en anglais tout en déployant ses talents de navigateur hors pair, Offshore Team Germany s’est emparé de la deuxième place. Logiquement distancé dans la descente, l’ex Acciona de Javier Sanso (Vendée Globe 2012) a su s’appuyer sur ses dérives droites et ses capacités à remonter au vent pour revenir dans le match, ne laissant échapper la victoire que pour 18’30. L’équipage de Robert Stanjek pointe à égalité de points avec LinkedOut, tout comme 11th Hour, arrivé 3e à Alicante, à 7 minutes. Bureau Vallée et Corum L’Epargne, mal récompensé d’un coup tactique qui aurait pu se révéler payant, ferment la marche.

Si la classe IMOCA se livre un énorme match, qui ne livrera sa vérité qu’après la régate côtière de Gênes, tant les écarts sont ténus, la classe VO65 soigne aussi le suspense. Avec Mirpuri Foundation Racing Team, Yoann Richomme a signé sa première victoire à Alicante, revenant à égalité de points avec l’Akzonobel Ocean Racing de Chris Nicholson. Plus longs, menés par des équipages plus nombreux, et dotés de dérives droites, les VO65 ont été clairement plus véloces dans le vent de face de la Méditerranée.

Clarisse Crémer, une conclusion, peut-être ?  « Chaque fois que vous naviguez, vous apprenez de nouvelles choses, vous avez de nouvelles conclusions et vous essayez d'aller de l'avant. Cette course va peut-être nous aider, en tant que marins IMOCA, à faire évoluer nos bateaux. Naviguer comme ça est le meilleur entraînement dont on puisse rêver, c'est pourquoi nous sommes ici. »