10 Août 2022 - 10h28 • 1700 vues

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L'un est belge, l'autre hongrois. Denis Van Weynbergh (Laboratoires de Biarritz) et Szabolcs Weöres dit "Szabi" (SZABI Racing) ont noué une amitié pour le moins inattendue lors de la Vendée Arctique. Après leur abandon sur la course, les deux skippers ont effectué ensemble le convoyage retour sur le bateau de Denis depuis l'Islande. Une expérience riche en enseignements pour ces Petit Poucet du Vendée Globe .

Le bateau orange et turquoise de Denis Van Weynbergh est amarré pour l’été dans le port de Zeebruges, en Belgique. Le skipper, lui, se remet encore de sa Vendée Arctique. Suite à la perte de son safran et une blessure à la cuisse (une déchirure des ischio-jambiers), il avait du renoncer à finir la course à seulement quelques milles de l’arrivée en Islande. "J'étais très déçu d'avoir abandonné, l'objectif était vraiment de passer cette ligne et valider cette qualif pour le Vendée Globe", admet Denis. "Après c'est toujours dans les échecs qu'on apprend le plus. C'est un échec sportif mais pas humain".

Apprendre à gérer une crise

Car là où le skipper belge et son team ont le plus appris, c’est bien lors cet abandon : "Ça nous a permis de savoir comment gérer une crise mais aussi l’après-crise, car ce n’est pas la même chose. Trouver des solutions pour envoyer un safran en Islande à un prix raisonnable, ce n’est pas simple."

Gérer la logistique, l'aspect émotionnel aussi. Pour l'équipe à terre, savoir Denis blessé, sur un bateau dont il était difficile d’estimer les dégâts, était une situation inquiétante. Pourtant, comme il aime le répéter "quand on gère des incertitudes, on grandit très vite."

© Jean-Louis Carli / Aléa / Vendée Arctique

Et à propos de cette équipe justement, un détail a son importance : elle est composée uniquement de bénévoles. La majorité du temps, c’est le marin qui s’occupe de tout, tout seul : payer les factures, trouver des partenaires, envoyer des mails administratifs, s'entrainer, faire un communiqué de presse, gérer les réseaux sociaux… "C'est comme réussir un projet de Ligue des Champions mais avec une équipe de bénévoles."

Aujourd’hui, le Sablais d’adoption est toujours à la recherche d’un ou deux partenaires majeurs pour clôturer son budget. "Le fait qu’on se soit bien bagarré pour essayer de passer la ligne sur la Vendée Arctique malgré toute notre épopée ça a donné une certaine crédibilité à notre projet et on voit que les gens s’intéressent à l’histoire."

a m'intéresserait de faire une ou deux étapes sur l'Ocean Race"

Pas de nouvelle course prévue au programme cette année. Même s’il rêve de Route du Rhum, Denis reste sur liste d'attente.

2023 sera consacré à l’entraînement et permettra d'engranger des miles avec la Rolex Fastnet Race et la Transat Jacques Vabre. Mais le navigateur aspire aussi à de nouvelles expériences : "ça m'intéresserait de faire une ou deux étapes sur l'Ocean Race car c'est toujours interessant d'être confronté à d'autres supports et d'aller sur d'autres bateaux."

En attendant, le skipper de Laboratoires de Biarritz compte apporter quelques modifications à son IMOCA cet hiver, si le budget le permet. De nouvelles voiles, des aménagements sur le safran pour le rendre plus solidaire de la coque, des détails résume Denis car son bateau (anciennement celui du Hongrois Nandor Fa) reste un très bon compagnon de route "Je me suis souvenu que Nandor avait fait un très beau grand Sud avec lui et j'ai compris pourquoi. Avec quelques améliorations, il a un vrai potentiel pour naviguer propre, sereinement et rapidement, en sécurité dans ces eaux."

Signe du destin ou simple coïncidence, c’est ce même bateau hongrois qui est à l’origine d’une belle rencontre.

© Szabi Racing

Une amitié belgo-hongroise

En juin dernier, alors que Denis Van Weynbergh est contraint à l’abandon en Islande, il se retrouve seul, dans un fjord, sans équipe à terre et sans moyens sur place pour réparer son bateau. Un simple coup de téléphone suffit pour qu’un autre concurrent, hongrois de surcroit, Szabi Weroës, fasse son sac en quelques heures et saute dans le premier avion pour Reykjavik.

"Pour être honnête, quand j'ai reçu l'appel pour aller le rejoindre et l'aider à réparer son bateau avant de regagner les Sables, je n'ai pas hésité à dire oui, sourit Szabi. C’était important pour moi de pouvoir faire quelque chose pour lui et c'était aussi une belle opportunité de continuer à progresser en IMOCA. J’étais fier que Denis pense à moi. Je pense qu'il a vu mes compétences techniques, surtout parce que son bateau a été fabriqué en Hongrie."

De retour aux Sables d’Olonne début juillet, Szabi Weöres retrouve son propre bateau et reprend tout de suite le large. Avec la skippeuse russe Irina Gracheva, ils enchainent trois jours d’entrainement pour éprouver les systèmes éléctronique et électrique du bord. Résultat : il faut changer tout le système électrique par du matériel neuf, plus performant.

"Combiner vie privée et challenge sportif, c’est bien plus dur que je ne le pensais"

Navigateur, électricien, logisticien… Comme Denis Van Weynbergh, Szabi n’appartient pas à une grosse écurie. Il est seul maître à bord. "Il est évident que pour des petites équipes comme nous, on se doit de se serrer les coudes et s'entraider parce qu'être sur la ligne de départ du Vendée Globe en 2024 n'est pas une chose facile."

© Jean-Marie Liot / Aléa / Vendée Arctique

Heureusement, le skipper hongrois peut aussi compter sur ses partenaires qui ont décidé de continuer l’aventure avec lui malgré son abandon précoce sur la Vendée Arctique. "Mon sponsor a bien vu que je faisais de mon mieux et que je travaillais dur pour rendre ce projet réel, se réjouit Szabi. Nous avons programmé notre campagne sur quatre ans. Donc on continue d’avancer et ils sont contents de voir que je fais le maximum."

Reste que monter un tel projet demande un investissement et une implication de tous les instants. "Combiner vie privée et challenge sportif, c’est bien plus dur que je ne le pensais, confie Szabi. Généralement je dis que je bosse 24h, plus la nuit. Je n'ai plus le temps à côté de faire quoique ce soit. C'est aussi très dur pour ma famille qui vit en Hongrie. Ma femme fait un travail remarquable là-bas avec mes trois enfants."

Désormais Szabi Weores aimerait se focaliser sur sa préparation physique mais aussi mentale, pour se donner toutes les chances de participer à la prochaine édition du Vendée Globe en 2024 et succéder à un certain Nandor Fa.