10 Décembre 2021 - 11h00 • 3301 vues

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Faute de parvenir à boucler ses projets, le skipper allemand Jörg Riechers a regardé partir les deux derniers Vendée Globe le cœur lourd. Le revoilà candidat à l’édition 2024, mieux armé que jamais, à 53 ans.

Voici bien longtemps que Jörg Riechers arpente les pontons de France. Depuis 35 ans, le skipper allemand construit son expérience, sa carrière et sa réputation dans la course au large, cumulant les succès et les podiums en Mini 650 et en Class40, avec une cinquantaine de podiums au total, dont une victoire sur la Solidaire du Chocolat en Class40, un top 3 sur la Mini-Transat 2019 et une 3e place sur la Transat Jacques Vabre 2013 en Class40.

L’Imoca, il y a déjà goûté en 2014 et 2015, courant avec Sébastien Audigane la Barcelona World Race, course autour du monde en double, pour une 6e place à bord de Renault-Captur. Après deux tentatives infructueuses de courir le Vendée Globe sur des Imoca de seconde main, le revoici candidat, pour 2024, à la tête d’un projet qui a les armes pour se concrétiser. Alva Blue, c’est le nom du bateau dont le design est pratiquement terminé – sa construction doit débuter au Portugal fin janvier 2022. Ce nom est directement inspiré de la marque Alva Yachts, un fabricant de yachts de luxe durables à propulsion électrique.

© Jörg Riechers - DR « Tous ceux qui jouent au tennis veulent jouer à Wimbledon, le Vendée Globe est le sommet de la course océanique en solitaire, raconte le navigateur. C'est donc dommage que j'aie manqué les deux dernières courses pour diverses raisons, mais je n'ai jamais cessé d'y penser une seule seconde. J'ai fait beaucoup de courses dans d'autres classes et j'ai développé mes compétences en voile. Si j'avais fait la course en 2016, je n'aurais pas été prêt dans ma tête. Il aurait été trop tôt. En ce moment, je suis dans le meilleur état possible mentalement. C'est comme si j'avais autour de moi un super groupe de conception que je peux diriger pour construire un bateau qui est conçu pour moi, j'ai le contrôle de tous les paramètres, j'ai un investisseur qui est à 100 % derrière moi, j'ai l'une des meilleures configurations que je puisse imaginer. Et je pense qu'il vaut mieux être capable de faire au moins un bon Vendée Globe que deux médiocres ».

Il a constitué une solide équipe de concepteurs : avec lui, Farr Yacht Design - les concepteurs du vainqueur de 2008-2009, Foncia (qui vient de terminer quatrième sous le nom de Yes We Cam !) – revient sur le devant de la scène IMOCA. Il compte aussi dans ses rangs Étienne Bertrand, collaborateur de longue date et expert en matière de scows. L’un a construit pour l’autre son premier Mini en 2009 dans un garage près de Paris. Guillaume Dupont et Augustin Lefebvre font également partie du team Alva Blue.

© Jörg Riechers - Patrick Deroualle Jörg Riechers prête mille vertus à son team : « C'est une équipe expérimentée, ouverte d'esprit et qui me paraît très cohérente. Pour moi, Farr a une grande expérience de la recherche et du développement, ainsi que de tous les aspects de l'organisation qui ne sont pas vraiment visibles sur le bateau. Britton Ward, de chez Farr, et Etienne Bertrand sont complètement opposés : Etienne n'est qu'instinct et intuition, tandis que Britton est très axé sur les chiffres. La combinaison des deux vous donne le meilleur des deux mondes. Je connais très bien les deux : Britt pour le travail que nous avons fait avec l'ancien Foncia en 2013 ; Guillaume Dupont a rejoint l'équipe lorsqu'il a travaillé sur le Cape Racing Class40 en 2020, et il a cumulé une expérience récente en IMOCA après avoir travaillé sur Charal, Hugo Boss et 11th Hour. Augustin Lefèbvre travaille avec Guillaume. Il est responsable du cockpit et du design du pont et il a trouvé des idées très, très intelligentes. C'est l'un des aspects les plus excitants du bateau, en regardant ce que les autres font et ont fait : nous sommes complètement différents. Ce sera un cockpit fermé, mais pas comme Hugo Boss ou Apivia ; ce sera un peu inspiré des Ultimes. L'une des priorités est le confort de la navigation. Nous avons un peu inversé la dominance du poids et du centre de gravité bas. Si le centre de gravité est un peu plus haut et que le bateau est peut-être 100 kilos plus lourd, cela ne fera pas une grande différence tant qu’on peut conduire le bateau très fort autour du monde. Il faut être à l'aise pour vivre, sinon on ne peut pas naviguer vite ».

Comme la plupart des autres constructeurs de bateaux neufs pour 2024, Jörg Riechers et son équipe ont adopté l'étrave arrondie du scow, mais il prévient : « J'essaie de trouver un bon équilibre entre la puissance de la coque et la faible surface mouillée. Etienne Bertrand qui a beaucoup d'expérience de ce dessin a commencé à travailler en 2017 sur le concept du scow. Il a conçu mon Mini en 2017, le bateau sur lequel j'ai terminé deuxième sur la Mini Transat ; puis il a conçu le Vector, une autre série Mini deuxième sur la Mini Transat de cette année. Avec David Raison, sur ce type de design, Etienne fait partie de ceux qui ont le plus d'expérience. Ce sont des armes de choix ».

La construction du bateau devant commencer en tout début d’année, Jörg entame une saison en classe Figaro, pour parfaire son entraînement et affiner ses sensations de navigation sur foils. Il courra sur le bateau de Xavier Macaire, 2e de la Solitaire 2021, et s’entraînera avec lui au sein du team Vendée Formation. Dans cette classe, assez nouvelle pour lui, Riechers a des ambitions mesurées : « Je n'ai pas du tout d'attentes. Il s'agit de m'aguerrir et de m'endurcir. Si je suis dans le top 15, j’en serai très heureux. Je sais que le Figaro est la classe la plus dure, la plus difficile. C'est pourquoi je le fais. J'ai fait tout ce que je pouvais Class40 et en Mini, et je n'ai rien à prouver ».
 

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Bien qu’il annonce disposer d’un budget suffisant pour faire le Vendée Globe, lui et Alva Yachts recherchent des partenaires commerciaux pour stimuler les connexions et promouvoir le savoir-faire de son partenaire principal : « Nous aimerions inviter des sponsors commerciaux à nous rejoindre car c'est plus amusant de le faire avec d'autres partenaires. Alva Yachts aimerait monétiser l'espace sur le bateau et afin de l’utiliser comme un hub commercial pour leur gamme de catamarans de croisière de luxe. Le Vendée Globe fait désormais partie des plus grands événements sportifs, et il est une excellente plateforme pour tout type de sponsor. Ils sont très impliqués dans le développement des pilotes et de l'électricité sur le bateau, car le bateau est entièrement électrique, comme tous leurs bateaux de croisière. Nous serons entièrement électriques, sans aucune goutte de combustible fossile ! »

Quatre ans après le remarquable Vendée Globe de Boris Herrmann, premier skipper allemand à terminer le Vendée Globe, Riechers ambitionnerait être le 2e marin allemand à achever la grande boucle. « Boris a été un bon accélérateur (de la notoriété du Vendée Globe en Allemagne, ndlr) et cela a aidé tout le monde dans la recherche de sponsors. Est-ce que j’ambitionne de le battre ? Bien sûr ! Je veux dire que je ne fais pas le Vendée Globe pour faire de la figuration, je le fais pour obtenir un bon résultat, ce qui implique que je veuille battre tout le monde, dont Boris. Battre Boris a un certain charme. En F1, le gars que vous voulez battre le plus est souvent votre coéquipier. Et ce n'est pas comme si nous faisions partie de la même équipe, nous sommes seulement issus du même pays. Mais je veux d'abord battre Boris, et ensuite tous les autres. Je ne veux pas être le deuxième Allemand, il n’en est pas question ! »

Par Andi Robertson/Vendée Globe