30 Août 2021 - 15h31 • 2808 vues

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Près de huit mois après avoir franchi en tête la ligne d’arrivée du Vendée Globe et terminé 2e, le skipper normand n’a pas ralenti le tempo. Associé à Paul Meilhat, il a remporté haut la main la Rolex Fastnet Race début août. Il sera l’un des favoris à la victoire à la Transat Jacques-Vabre, en novembre prochain. Récit d’un retour aux affaires particulièrement réussi.

Encore une fois, Charlie Dalin est arrivé de nuit. C’était le 11 août dernier à l’issue de la Rolex Fastnet Race, et les images d’APIVIA se rapprochant seul de la côte, seulement éclairé par les lumières artificielles du rivage, ne pouvaient qu’inviter à ressasser les souvenirs. Huit mois plus tôt, au cœur d’une nuit d’hiver, le bateau blanc et vert avait aussi franchi la ligne en tête et alimenté l’incroyable scénario du Vendée Globe. Mais l’analogie s’arrête là, surtout dans l’esprit du premier concerné : « Je ne ressasse plus les événements du passé. Désormais, je suis tourné vers l’avenir ». Il précise dans la foulée, d’un ton identique et sans emphase, que son « envie de gagner est toujours aussi présente ».

« Charlie est hyper motivé par les challenges à venir » (Paul Meilhat)

© ©M.Horlaville-PolaRyse / disobey. / ApiviaCharlie Dalin est un compétiteur, de ceux qui ne lâchent rien et qui ont besoin de se fixer des objectifs – mêmes les plus ambitieux – en permanence. Alors, une poignée de jours après son arrivée au Vendée Globe, il avait décroché son téléphone pour appeler Paul Meilhat. Objectif : partager l’aventure APIVIA à ses côtés jusqu’à la Transat Jacques-Vabre dont le départ aura lieu en novembre depuis Le Havre, la ville natale de Charlie. « Il avait besoin de se projeter, pas par envie de revanche mais par goût du challenge, raconte Paul. Malgré la fatigue du Vendée Globe, qui n’est pas encore totalement évacué, il est hyper motivé par les challenges à venir ».

Entre les deux marins, qui ont déjà été coskippers sur des projets différents, le courant passe bien. « Charlie m’a intégré tôt, ce qui m’a permis aussi de passer du temps au chantier », apprécie Paul. « C’est très fluide entre nous, poursuit Charlie. Paul a rapidement compris comment je fonctionnais, et l’alchimie est venue naturellement. On est sur la même longueur d’ondes. »  La phase de chantier a contribué à améliorer « de nombreux détails » sur le pont et sur l’ergonomie générale de l’IMOCA.  

« Heureux que le travail de toute l’équipe paie »
(Charlie Dalin)

© Kurt Arrigo / RORC / Rolex Fastnet Race La principale nouveauté, ce sont les foils conçus par Guillaume Verdier, ceux qu’APIVIA avait prévus pour le Vendée Globe avant de conserver les précédents, faute de temps pour les optimiser. « Ils sont plus souples et génèrent plus de puissance, précise Paul, ce qui rend le bateau légèrement plus nerveux qu’avant ». « Ce n’est pas une révolution, mais plutôt une évolution », sourit Charlie. Il en faudrait plus pour décontenancer celui qui a déjà effectué l’équivalent de deux tours du monde à son bord. « Ce bateau, c’est une extension de moi ».

Sa connaissance pointue de son monocoque, la rapide adaptation de Paul Meilhat et la cohésion du binôme ont notamment contribué à façonner la victoire à la mythique Rolex Fastnet Race. « Dès la sortie du Solent, où il y avait beaucoup plus de vent que de mer, on a trouvé un peu plus vite que les autres un mode qu’on n’avait pas expérimenté encore : foiler au près », explique Charlie. Il évoque aussi un « enchaînement assez incroyable » et des « rotations de vent au moment pile où on les avait prévues ». À l’arrivée, la satisfaction était grande. « On est forcément heureux que le travail de toute l’équipe fourni ces derniers mois finisse par payer », souligne Charlie.

Le contre-la-montre est lancé

Facile, dès lors, de catégoriser APIVIA comme le grand favori de la Transat Jacques-Vabre, dont le départ sera donné le 7 novembre. Mais Charlie tient à faire preuve de prudence : « On ne va pas s’enflammer non plus. Nous n’avons pas pu nous jauger dans toutes les conditions et nous avons encore beaucoup d’aspects à affiner ». Sur la route menant au Havre, il y aura le Défi Azimut, du 14 au 19 septembre, les stages avec le pôle Finistère Course au Large et de multiples navigations.

« Il reste beaucoup à faire et, comme tous les projets IMOCA, on n’a jamais le temps qu’il faut, abonde Paul Meilhat. En matière de plan de voilure, de recherche de fiabilité, de planning d’entraînements, il convient de faire des choix ». Pour lui, l’humilité est nécessaire « parce qu’on sait que rien n’est écrit à l’avance en course au large ». Et puis le skipper rappelle qu’au Havre, « il y aura les meilleurs, sur tous les bateaux. Il faudra se battre pour ne pas faire d’erreurs et il est possible que ce ne soit pas suffisant ». Chez APIVIA en tout cas, on fera tout pour être prêt. Le contre-la-montre est déjà lancé : dans 76 jours, Charlie, Paul et les autres s’élanceront pour la grande explication de la fin de saison.