04 Juin 2021 - 14h00 • 3634 vues

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Nicolas Troussel et l’équipage de Corum L’Epargne ont remporté la première étape de The Ocean Race Europe, entre Lorient et Cascais. Une première victoire en IMOCA pour le skipper trop vite privé de ses chances lors du Vendée Globe.

Certes, il ne faut pas faire d’un cas une généralité, ni même de deux. Mais entre les arrivées en masse qui ont magnifié la fin du 9e Vendée Globe et le combat bord à bord qui a sublimé l’arrivée à Cascais des 5 IMOCA engagés sur The Ocean Race Europe, sur deux formats totalement différents, il y a de quoi accepter l’idée qu’une tendance se dessine.

Mercredi, 83 secondes ont séparé le vainqueur, Corum L’Epargne, de 11th Hour Racing. Bureau Vallée 3, mal payé de son option par le nord du DST, a fermé la marche avec 15 minutes et 18 secondes de retard sur l’équipage de Nicolas Troussel. 3e, LinkedOut compte 3’12 de retard, 5 secondes devant Offshore Team Germany, avec son bateau de 2011, l’ex-Acciona de Javier Sanso totalement réhabilité – on parle du bateau bien sûr.

Ce tracé de 1300 milles, avec un way point aux Açores, à 500 milles des côtes portugaises, a tout offert : un départ dans le tout petit temps, une descente dans le Golfe de Gascogne dans un vent portant à vitesse moyenne, une belle session de vitesse au passage au cap Finisterre puis à l’enroulé du way point et sur la route vers Cascais… et aussi un retour par l’arrière, les ventilateurs ayant rendu l’âme à hauteur du DST de Cascais.

Cette panne de vent a permis à Offshore Team Germany de s’appuyer sur ses dérives droites pour recoller, et à Corum L’Epargne de gommer ses 18 milles de retard à l’ouest du DST. Bien servi par la météo, puis très fin régatier, Nicolas Troussel n’a pas boudé son plaisir pour sa première victoire en IMOCA : « On savait que c’était possible de revenir sur les premiers : on l’a fait. C’est une course intense, mais il y a eu beaucoup de différences de vitesse entre les bateaux selon les allures. On est très content de cette victoire, on s’est bagarré jusqu’au bout et le final était vraiment magique pour nous. Cela s’est joué sur la dernière risée. Les VO65 ont joué avec 11th Hour et nous en avons profité pour glisser et faire le tour. Cette situation où on rattrape le front et on reste avec lui est assez rare. On ne savait pas trop comment toiler le bateau, ni comment ça allait se passer. On a encore fait des excès de vitesse. Ce sont des moments où on apprend plein de choses ».

 

Ce qu’on a appris, par exemple, c’est que les IMOCA, dans ces conditions de vent faible, sont évidemment moins avantagés par rapport aux VO65, les bateaux de la Volvo Ocean Race dessinés pour l’édition 2014-2015. En revanche, les potentiels de vitesse au portant et au reaching sont supérieurs à ces monocoques de 20m sans foils : Pascal Bidégorry, navigateur de 11th Hour Racing : « Je suis content car on a vraiment bien navigué. En performance le bateau va bien, et au portant je me suis vraiment régalé. On a appuyé sur le champignon, un peu comme des brutes épaisses, et franchement, c’était super sympa. On a réussi à tenir des moyennes de multicoques avec le bateau sur plusieurs minutes, et je n’avais jamais fait ça jusqu’à maintenant. »

Longtemps leader, Thomas Ruyant a aimé son étape, mais pas forcément sa troisième place : « On a tous pris énormément de plaisir. Ce fut une belle première étape avec une super équipe, avec plein de conditions différentes et un retournement de situation en fin de parcours comme on aime en IMOCA ! Je suis un peu déçu de l’arrivée, mais c’est le jeu, et il reste deux manches (et deux courses côtières, ndlr). Il y a eu un front compliqué à passer ; nous avons été les premiers à arriver en butée. Ça a recollé par derrière. Puis il y a eu un nouveau départ avec un peu de mistoufle à la fin… Je continue à découvrir mon bateau, c’est super en prévision de la suite de la saison ».

Cinquième, Louis Burton a étrenné avec son équipage son tout nouveau bateau, l’ex L’Occitane-en-Provence, si fraîchement sorti du chantier qu’il est arrivé au tout dernier moment sur la ligne de départ. Modeste dans ses ambitions de vitesse au début, le 3e du Vendée Globe a poussé sur la manette des gaz quand les conditions s’y sont prêtées : « On a commencé à attaquer après le passage du cap Finisterre, au reaching. Avant, on n’avait pas trop osé parce qu’on est encore en phase d'observation et de découverte. Bureau Vallée est très puissant, beaucoup plus que le précédent, donc on ne sait pas encore où placer le curseur entre l’exploitation de tout son potentiel et les limites à ne pas dépasser. » 

Ce samedi doit se courir le Mirpuri Foundation Sailing Trophy, première des deux courses côtières qui permettront aux trois meilleurs d’arracher des points de bonus. Un vent de nord – nord-ouest de 16-17 nœuds, avec des rafales à 25-26 va venir secouer la flotte et révéler de nouvelles vérités sur cette flotte si homogène.