14 Mai 2021 - 10h44 • 2403 vues

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Pour son premier Vendée Globe, Pip Hare a fait un tabac. La voici qui annonce son retour pour 2024, en mode compétition, sur l’ex-Bureau Vallée 2 de Louis Burton (3e), et avec son partenaire, Medallia. Une excellente nouvelle !
 

Pip Hare et ses sponsors Medallia ont confirmé l’acquisition de l'IMOCA Bureau Vallée 2 que Louis Burton a mené à la troisième place du Vendée Globe. C’est également sur le bateau vainqueur du Vendée Globe 2016-2017, avec Armel Le Cléac'h, qu’elle a mis la main. Un grand pas en avant pour la navigatrice britannique, qui a terminé 19e de l’édition 2020 avec Superbigou, vieux de 21 ans.

En prenant le départ de son premier tour du monde en solitaire, Pip Hare avait déjà de la suite dans les idées : elle venait préparer une deuxième boucle en profitant de la première pour se faire connaître. Bingo : son enthousiasme, sa gestion positive de ses émotions et sa capacité à partager avec clarté et intelligence son quotidien ont séduit bien plus que les suiveurs anglo-saxons.
Maintenant que son avenir est verrouillé, Pip va prendre le temps de respirer un peu puis bosser, et bosser encore, pour hisser ses compétences nautiques à la hauteur de son nouveau bateau dès 2022.

Pip, voici, avec l’assurance acquise que vous pourrez être au départ de l’édition 2024, un deuxième objectif atteint. Quel est votre engagement avec Medallia ?
Pip Hare : « Nous allons donc faire route vers le Vendée Globe 2024. Je vais avancer doucement cette année, parce que c’est un grand pas en avant pour moi, et je ne veux pas précipiter les choses. Je veux m'assurer que je fais les choses au bon moment pour moi. Nous pourrions faire la Transat Jacques Vabre, peut-être, mais la chose la plus importante est que je me sente en confiance et à l’aise sur ce nouveau bateau. A partir de 2022, je ferai les IMOCA Globe Series ; je souhaite faire quelques épreuves offshores au Royaume-Uni pour soutenir les circuits britanniques. Je serai peut-être un loup solitaire, mais je ne veux pas obtenir un super bateau et disparaître en France ! Un record du tour des îles britanniques serait amusant, et l'année prochaine, c'est la course du tour des îles britanniques et de l'Irlande. Il y a aussi des choses amusantes à faire chez nous.

Que ressentez-vous à l'idée d'avoir un nouveau bateau ? C'est une autre étape importante dans votre carrière...
P. H. :
Je suis épuisée ! Je ne sais pas. Lorsque nous avons fait le tour du ponton au début du Vendée Globe avec Leslie (PDG de Stretch Medallia), elle disait déjà "Nous pourrions être intéressés pour aller plus loin". Et ce, avant même que nous ayons quitté le quai. Bien sûr, je regardais quels bateaux seraient bons. Je n’étais pas là pour un one shot. Maître-CoQ IV et Bureau Vallée 2 m’intéressaient, et c’est ce dernier qui a fini par me donner le plus envie. C'est un bateau très performant. J’espère juste être le skipper très performant qui ira avec.

La transition s’est bien passée avec Louis (Burton) et Servane (Escoffier, la femme de Louis, son associée et son manager) ?
P. H. :
Oui, ils ont été d'un grand soutien. En réalité, ils sont juste de l'autre côté de la Manche et nous allons travailler à leurs côtés pendant la remise en service du bateau. Louis et les membres de son équipe vont venir naviguer avec moi. Je suis si heureuse… et un peu effrayée !

Quel est votre programme ?  
P. H. :
Nous possédons le bateau maintenant, mais avec The Ocean Race Europe, nous ne le remettrons probablement pas à l'eau avant la fin du mois de juin ou début du juillet. Je commencerai les navigations, à partir de Poole, fin juillet.

Vous pouvez enfin souffler ou le programme reste dense ?
P. H. :
J'ai une semaine chargée, la semaine prochaine, en France. Toutes les filles du Vendée Globe vont au Sénat, et j'ai donc une semaine de quarantaine en Bretagne. Ce sera mon repos.

Vous avez dû dire adieu au vieux Medallia, le Superbigou, était-ce un peu triste ?
P. H. :
Oui et non. Oui parce que c'était la fin, il fallait tirer un trait sur tout, mais j'avais fait tout ce que je voulais faire avec ce bateau. Non, parce que c'était la fin programmée : nous nous étions réunis pour un objectif, qui a été atteint. Il temps maintenant de passer à autre chose.  Nous avons eu un "découplage conscient", comme le dirait Gwyneth Paltrow.

Avez-vous fait de la voile ?
P. H. : La voile me manque, c’est fou ! Je suis jalouse de tous ceux qui sont sortis naviguer, depuis le port de Poole, mais j'ai été trop occupée pour faire un tour avec quelqu'un. En juin, je pense que je serai de retour à fond et que je ferai beaucoup de choses différentes. Je vais faire la Quarter Ton Cup et j'ai hâte d'y être. C'est super compétitif, c'est une navigation tellement différente. Je navigue depuis des années avec Tom Hill sur Belinda (1986 Gonzalez design), et c'est très amusant. Il y a beaucoup de choses à apprécier. Je vais faire régleuse de grand-voile.

Votre forme physique revient ? Vous avez parlé de faire la course des Three Peaks cette année...
P. H. :
Je me suis entraînée, mais je suis tombée. Je n'arrête pas de tomber, je crois que mon corps essaie de me dire quelque chose ! J'ai littéralement trébuché sur une racine d'arbre, et je me suis pris une autre racine dans le sternum… et je me suis fracturé deux côtes. J'ai vraiment, vraiment envie de le faire, mais peut-être que mon corps essaie de me dire quelque chose. Je suis tellement loin de ce que je voudrais faire ! Le plus gros problème a été ma perte de poids. J'ai perdu 9 kilos. Et l'un des problèmes avec une perte de poids rapide, c'est que lorsque vous reprenez une alimentation normale, votre corps stocke tout et je lutte donc maintenant contre le surpoids. C'est difficile avec la course à pied et cela va me prendre quelques mois.

Pourquoi n’avez-vous pas accepté de vous reposer, pour de bon ? C’est usant, un Vendée Globe…
P. H. :
A mon retour, j'étais déterminée à ne pas ressentir le vide, le trou noir après la course. Et donc je suis allée à fond. Vous n'avez pas le temps de vous prélasser dans la gloire. C'est la plus belle chose que j'ai faite de ma vie, mais j'ai le sentiment d'avoir tellement changé que j'ai l'impression que c'est quelqu'un d'autre qui a fait la course. Cela ne fait que renforcer ma détermination à reprendre la course, à avoir un programme plus long, à faire plus de voile et à être plus présente sur le terrain. C'est ce dont j'ai envie.

Tout était donc en suspens jusqu'à maintenant ?
P. H. :
Je suis sur le point de ne plus être en attente et je vais bientôt pouvoir lever le pied et laisser d'autres personnes prendre le relais, afin de respecter une pause émotionnelle. Nous sommes sur le point de passer à l'étape suivante. Mais c'est génial de savoir que j'aurai la chance d'opérer au niveau auquel je veux être sur la prochaine course.

Qu'avez-vous appris sur vous-même lors de ce dernier Vendée Globe ?
P. H. :
Je pense que j'ai été surprise par ma position dans la flotte et par la force avec laquelle j'ai pu pousser le bateau. Je n'ai pas peur de pousser. C'était la grande inconnue pour moi. Y avait-il un interrupteur dans mon cerveau qui ne me permettait pas de pousser fort, de voir le risque ? Je suis beaucoup plus résistante que je ne le pensais. Je n'ai pas eu peur de la nature physique de ce bateau, et ce, sur une longue période de temps. C'était une bonne chose de découvrir cela sur moi, car cela m'a vraiment fait croire à 100% que je devais continuer. À chaque étape de ma carrière, j'ai dit que je devais faire une évaluation honnête de ce que nous avions fait. Et si j'en arrivais au stade où je me disais "Non, je ne peux pas aller plus loin", j'aurais été en accord avec moi-même, car j'étais allée aussi loin que possible.

Qu’est-ce qui va animer la prochaine phase ?
P. H. :
J'ai eu la chance de naviguer avec Paul Larson, et c'était génial pour moi car, pendant toute ma carrière, je n'ai pas souvent eu la chance de naviguer avec de grands marins. Pour me développer en tant que navigatrice en solitaire, j'aimerais vraiment avoir plus de coaching. Je voudrais rejoindre certains camps d'entraînement français, naviguer avec des personnes différentes. Jusqu'à présent, je n'ai jamais senti que j'étais du bon calibre pour que les gens veuillent faire cela avec moi. Je suis toujours un peu hésitante quant aux personnes avec qui je navigue, mais je suis beaucoup plus confiante dans ma capacité à me débrouiller. J'ai vraiment envie d'apprendre. J'ai passé tellement de temps à enseigner et à coacher d'autres personnes, maintenant je veux apprendre.

Le coaching et l'enseignement sont-ils bons pour votre propre navigation et votre façon d'apprendre ? 
P. H. :
Oui ! Le coaching à 100% est un moyen incroyable d'améliorer sa propre navigation. Ma capacité à naviguer en solo est en grande partie due à la voile d'entreprise à la Cowes Week, avec une équipe différente chaque jour, et à la nécessité de dire à des personnes qui n'ont jamais été sur un bateau comment affaler un spinnaker. Vous gérez le risque, décomposez les choses et vous communiquez ce qu'il faut faire tout le temps, vous vocalisez. Je pense que cela vous fait regarder la voile d'une manière différente.

Les six filles de cette édition, vous l’avez dit, sont attendues au Sénat. Peut-on imaginer en voir encore plus sur la prochaine ?
P. H. :
Je pense que nous verrons plus de filles lors de la prochaine course. On s’en est parlé : nous voulons toutes revenir ; Miranda aussi veut recommencer. J'étais à Jersey pour donner une conférence récemment et deux femmes sont venues me voir et m'ont dit combien elles avaient été inspirées pour améliorer leur propre navigation, à leur propre niveau. C'était vraiment ‘charmant’. Ce qui est intéressant, c'est que tout le monde pense qu'il s'agit d'inspirer la jeune génération, mais ce n'est pas le cas. La voile est pour tout le monde et il y a des niveaux d'entrée à tous les niveaux. Oui, c'est bien de parler d'inspirer la jeune génération, mais il y a un changement dans la démographie des gens qui vont sur l'eau et je pense qu'en temps voulu, cela rendra plus facile pour les femmes de faire de la voile de top niveau ».