06 Avril 2021 - 17h00 • 7176 vues

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Le président de la Classe IMOCA n’a pas boudé son plaisir durant cette 9e édition. Mais déjà, le regard se porte sur 2024, les projets qui naissent et les solutions qui permettront de faire encore mieux !

Qu’est-ce qui vous a le plus séduit, dans cette 9e édition ?
Antoine Mermod :
« Je suis avant tout fan de voile, et j’ai adoré l’histoire de la course, qui a été dingue, et qui a été portée par tous les marins qui, chacun dans leur rôle, nous ont fait vibrer.

Est-ce que le scénario vous a surpris ?
A. M. :
Oui et non. Un tour du monde à la voile en solitaire est toujours une aventure hors-norme. Il ne peut en accoucher une histoire normale. Mais ce scénario m’a évidemment surpris, même si, par nature, chaque Vendée Globe est différent.

Beaucoup s’attendaient à voir tomber le chrono de référence – 74 jours par Armel Le Cléac’h en 2016 –, or le vainqueur s’est imposé en 80 jours. Cela vous a surpris ?
A. M. : Oui, un peu. Depuis 2008, on constate qu’on gagne un jour par année qui s’écoule, et il était envisageable que ce Vendée Globe se gagne en 70 jours. Mais la nature et les conditions météo ont créé une rupture dans le scénario.

Parmi les bons points de la classe, il y a le fait que 25 des 33 inscrits aient bouclé le Vendée Globe, et que deux navigatrices hors-course aient rallié la ligne d’arrivée.
© Jean-Marie Liot / Vendée Globe A. M. : C’est une très grande fierté. Un Vendée Globe est une aventure si considérable que parvenir à le boucler est une réussite en soi. Faire le tour est une ambition, et y parvenir est important pour les partenaires, les équipes et tous ces gens qui investissent sur nos skippers. Il est important que les choses tournent positivement, pour l’avenir. Des projets futurs sont déjà lancés, et ils sont portés par cette flotte qui est fiable et ces skippers qui sont à la hauteur des enjeux. Avec eux, les équipes, l’organisation du Vendée Globe, la FFVoile et les jaugeurs notamment, nous avons beaucoup travaillé, pendant quatre ans, pour placer haut la barre.

Le Vendée Globe 2024 s’annoncerait bien, selon vous ?
A. M. :
On a une très forte dynamique vers la prochaine édition, oui. Quand la précédente mêle fiabilité des bateaux et histoire formidable, cela incite à y revenir, pour ceux qui en étaient, ou à rejoindre l’aventure. Les chiffres du suivi de l’édition 2020 ont été exceptionnels : ce Vendée Globe a fédéré un public hyper large, dans une période particulière dans laquelle la voile a su se mettre en avant. Tout le monde a envie de faire mieux encore dans quatre ans, et les gens ont envie de continuer à vibrer. Ce fut une grande réussite.

Parmi les faits marquants de ce Vendée Globe, la présence de six femmes au départ est un signe encourageant. Qu’il vous faut nourrir ?
A. M. :
La mixité est un sujet de société majeur de notre époque, et la voile est un des rares sports qui permet de mettre tout le monde à armes égales sur la ligne de départ. On a été déçu pour Sam Davies et Isabelle Joschke, qui se battaient devant au moment de leurs abandons, mais elles ont trouvé le courage de terminer le tour du monde en solitaire. On aimerait rapidement présenter dix ou douze femmes sur la ligne de départ ! Dans la Classe IMOCA, avec The Ocean Race, nous contribuons à former des talents féminins puisque chaque équipage devra inclure au moins une femme. C’est un travail de fond.

Autre personnage terriblement impressionnant, Damien Seguin qui, issu de la voile paralympique, et sur un bateau à dérives droites, termine 7e !
A. M. :
Damien est incroyable. Il est un formidable ambassadeur pour l’inclusion. Avoir un skipper de ce niveau et qui pourrait être un des prétendants à la victoire dans quatre ans, montre l'ouverture de notre sport. Le large est ouvert à tous et toutes. 

On a le sentiment que la course au large, à travers le Vendée Globe, propose ses ‘valeurs’, ses vertus, sans les claironner, et qu’elles trouvent un écho auprès du grand public.
A. M. :
C’est l’état d’esprit général qui anime les marins de notre Classe, mais pas seulement. Nous avons des skippers hyper compétents, ingénieurs pour beaucoup, qui réussissent à rester hyper accessibles. Ces grands passionnés ont besoin et envie de partager la chance qu’ils ont de vivre leur passion. Il en ressort 33 aventures autour du monde pleines d’humilité, d’accessibilité et de simplicité, qui sont à mon sens des valeurs très actuelles. Les marins se dévoilent, ils racontent leur histoire, et c'est très vrai. On a réussi à mon sens à garder le vrai des skippers, la simplicité du dire, la facilité de l'accès, le bonheur d'être généreux, ça rend ça très humain tout en étant très humain. 

Dans la perspective du Vendée Globe 2024, quelles sont les orientations que devrait prendre la Classe IMOCA (qui se réunit ce jeudi pour une Assemblée Générale) ?
A. M. :
Nous sommes en train de finaliser les évolutions de jauge (l’ensemble des règles techniques auxquels les bateaux doivent répondre, ndlr). Il n’y aura pas de rupture technologique, nous serons très en ligne avec ce qui a prévalu sur ce Vendée Globe. Nous avons bien vu tout le développement qu’il reste à faire autour des bateaux avec de grands foils, pour finaliser leur excellence.

Nous allons limiter la taille du foil, ce qu’on n’avait pas fait en 2016 parce qu’on n’avait pas les connaissances pour se projeter dans l’avenir. Désormais, nous comprenons mieux et les équipes convergent vers des solutions qui paraissent adéquates. C’est donc le bon moment pour cadrer réglementairement le foil et son utilisation. Nous allons aussi faire varier la quête (l’orientation du mât) des bateaux parce que, dans les mers du sud, les IMOCA aux lignes très tendues ont du mal à aller vite. En ajoutant de la quête, le vecteur de poussée du vent sera plus vers le haut, et cela générera un gain important. Nous n’allons que tous les quatre ans dans les mers du sud et nous n’en apprenons plus qu’à chaque édition, mais les bateaux doivent pouvoir être plus polyvalents pour affronter ce qui représente un tiers de la course.

Quels enseignements est-il possible de tirer de l’accident survenu à Kevin Escoffier (PRB) ?
A. M. :
Il est difficile d’avoir une analyse précise (puisque le bateau a coulé, ndlr). Kevin et son équipe ont des hypothèses, mais ce n’est pas facile de tirer des leçons. Pour ce qui concerne la casse structurelle, nous réfléchissons à deux solutions qui concernent les bateaux d’anciennes génération, notamment d’avant 2010. Les critères de solidité que nous imposons depuis cette date sont deux fois supérieurs. Toutes les data compilées sur le Vendée Globe nous enrichissent, et on voit bien que les bateaux ont tenu. C’est plus délicat pour les bateaux plus anciens, et des études sont en cours sur le vieillissement des structures en composite.

En revanche, nous avons tiré les enseignements en termes de sécurité. Ce qui a posé problème dans la récupération de Kevin, c’est qu’il lui a manqué des moyens de communication et divers éléments de sécurité. Nous réagissons à ça. Et puis il faut revoir quelques règles sur la surface d’insubmersibilité et sur la construction des trappes dans les cloisons étanches ».